FRENCH POETRY

La nuit de l'hippogriffe XIX, par Marina Nicolaev

Creation Category: 

 archipel de l'uchronie

 

 

©Marina Nicolaev, 2010
 
 

en planant sans battre des ailes

l'hippogriffe regarda

la cité de l'espace

encore vivante

comme un immense poumon d’étoiles


les portes d'orées du temps

ouvrirent un œil de feu au dessus de la nuit

et les ombres des guerriers mortels

cachèrent leurs vaisseaux étranges

en les enterrant sous le désert

des mots


il sentit derrière lui

l'archipel perdu de l'uchronie

parmi les torrents des mondes possibles


lentement

en dehors de la sphère du Nouveau Monde

son vol ouvrit les calligrammes des cieux

pour la première et la dernière fois

 

La nuit de l'hippogriffe XVII

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la neige des étoiles


le dernier couloir des ombres

aspira les lieux méconnus du désert

y compris

les vastes surfaces dérobées d'êtres


l’hippogriffe

sut déjà les traces des futurs nuages

en enterrant son âme encore vivante


avant de sentir la chair

empestée de la nuit

succombant lentement

parmi les ruines


l'odeur nécrophage

passa les murailles d'en bas

tristes et pathétiques

d'autrui


Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne?


inespéré

l'air de l’océan d'autrefois habilla

les ronds d'une étrange lumière

en laissant trois lys d'or sur ses ailes


et les empreintes gravées

de son corps

devinrent posément visibles

sous la neige

inattendue

des étoiles






12.08.2010







*Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne? (Paul Verlaine, Colloque Sentimental)

Euridice

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il ne marche plus devant moi,
je ne marche plus dans ses poèmes

évidée par la descente du temps

la mort redouble

qui ne se laisse écrire

quand les rivières auront retourné leur cours
quand la descente aura tissé son complice spiral
le vide poussera dans les poèmes sauvages

le silence a séché
sur mes lèvres

rien que le sel
des résonances
sur ses lèvres

Orphée disparu
n'arrivera plus
le poème

 ***
el nu mai merge înaintea mea
eu nu mai merg în poemele lui

golită de căderea timpului

moartea se întețește

nu se mai lasă scrisă

când râurile își vor întoarce cursul
când panta își va țese o spirală complice
vidul va crește în poemele sălbatice

tăcerea mi s-a uscat pe buze

doar sarea rezonanțelor
i-a rămas pe buze

Orfeu dispărut
nu va mai ajunge
poemul

La nuit de l'hippogriffe XVI

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panopticum



le chagrin poussa sous ses plumes

en noircissant

l'ancien miroir du vent et du sable

et prit en charge

les effluves incessibles

de la nostalgie


là-haut le désert mordit les rideaux du chaos

en illuminant l’Étendue du temps

jusqu'à ses yeux d'or

 

brièvement l'arc de l'infini

entra dans ses ailes

et l'hippogriffe sentit la peur

germant

entre les solitudes des songes


parfois un seul regard du cœur

peut rajeunir la Lumière en toi - soupira-t-il


l'hippogriffe resta encore une fois

seul dans soi-même

et la culasse du silence

demeura

dans son âme

les traces amères et durcies

d'autrui


à l'aube

en respirant

les imperturbables

flots des Cieux

il retrouva son Ombre.



 

 

03.08.2010

 

 

 

©2010, Marina Nicolaev

 

 

La nuit de l'hippogriffe XV

Creation Category: 

 


le pas de l’ange



me semble-t-il toujours

que je rêve incessamment

les mêmes forteresses flottantes


des naufrages attendues des étoiles

en respirant ses grands voiliers en fer

comme une cauchemar

d'autrefois


c'est le fruit sauvage d’amertume

en train de muer

son innocence

en glissant sur l'accouplement

prévu des nuages

immondes

nécrophages


ils ne se dirent jamais adieu

et les murailles abîmées des cieux

touchèrent

l'empreinte encore chaude

des hippogriffes abandonnés

là-haut au bout des mondes

aux prédateurs du temps


l'hippogriffe s'éteignit

aux yeux grands ouverts

vers les montagnes lointaines


et ses ailes vaincues tombèrent

comme les derniers pas de l'ange perdu

dans le tiroir du sable

de la mémoire.

La nuit de hippogriffe XIII

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la folie

à la veille de son dernier départ
l'hippogriffe attirait vers lui
la dorsale imprévue
de l’âme cachée du désert
parmi les rosiers de la nuit

et comme la première fois
le désert le suivait en silence
comme toutes les caraques
perdues du ciel
en s'arrondissant les îles

le silence de l'Étendue du temps
vomit la cité de l'espace
blessée encore vivante
conçue en dehors de la sphère du monde

là-haut
en colère encore contre tous
l'aridité
traça autour de lui
la vraie demeure
de la Reine des misandres

la folie c'est une chambre aux fleurs de sable.


L'heure de la visibilité ("Presque v'île")

Creation Category: 

Dans la nuit entre les paupières
les rues
comme des filets de lave coulant vers la mer
leurs lignes rouges torrents et rumeurs
portent le balancement des saisons
le repos du mouvement
les cris muets
des cris fulgurent
leur éclair tranche la chair de ville
orage dénoué
des mots étrangers comme d'une langue inconnue s'emparent du poèmes
une voix me dévisage renverse les sons
l'encre fuit rouge l'encre fuit aveugle
de droite à gauche passe le temps
de gauche à droite avancent les mots
le temps efface les mots
les mots effacent le temps
une lettre s'efface d'elle-même
c'est l'heure de la visibilité

La nuit de l'hippogriffe XI

Creation Category: 


l’aire du temps


inlassablement à éveiller les passages d’or
son temps vient en cacher un autre temps
et l’hippogriffe fit tomber sous la voûte d’autres cieux
comme les vergers des nuages
au-dessous de la lune étrange

les ruines cintrèrent les temples du sable
puis se courbant en arc, audacieuses
jusqu’au son céleste de l’espace
refroidissant ces escadrons éternels
tels que l’on vit jadis
la chimère

je vis l'Hydre caressée par ses derniers guerriers
tombant lentement sur le récif
entre nous


encore une fois le désert
le poussa d’un sifflement aigu
dans l’orage des astres

là-haut ou la beauté respire en avalant
tout cela que nos rêves dévorent
les ombres de ceux
sempiternels
infatigables reliques
de l’aire du temps
 

 


La nuit de l'hippogriffe X

Creation Category: 

 
Emptiness Vide

 



les silences s'affalaient lentement
sous le plafond des cieux
près d’un nuage égaré en plein jour

et l’hippogriffe mangeait l’amertume étrange
en tant que le vent
s'échouait à la mer du sable
comme un ange ébène

les échos
d’un autre tremblement de ruines rougies
cassaient les failles de l’espace
entre les deux mondes inconnus

soudain
l’hologramme de la licorne d’or
se matérialisa
pour quelques secondes
devant lui

un jour tu trouveras l’archétype de l’âme
entendit encore et encore l’hippogriffe
et l’armorial du temps
prit une teinte insolite d’amarante

tous les vivants incolores
tombaient abîmés
comme des semences d’eau en flammes

sans éclat
les larmes du sable enlisaient
imperceptiblement
les ailes de l’hippogriffe

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