FRENCH POETRY

LE OUI QUE TU TE DOIS, par Jean-Paul Gavard-Perret

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img525 par vous

dessin: MN 

 Entre tes lèvres et ton souffle, cette boule d’angoisse où s’effondrent les mots de péché. Dans la proximité du vrai ton mutisme est-il prison et ténèbre ? Attends que se dénouent les mots qui te délivreront.  Je voudrais me porte malgré toi au devant de ta vie. Stupeur ivre à espérer pour toi un temps neuf. Mais à la fin quand retombe l’égarement la honte est là qui m’accueille. 

Et pourtant je reprends : romps tes liens, va où  te pousse ta faim. Au besoin pour vivre plus trahis ce qui donnait sens à ton existence : blessures, erreurs, fourvoiements, décombres. Ce n'est bien sûr pas simple : quelle direction prendre lorsqu’il te faut vivre au rebours ce qui jusque là guidait tes pas? 

Tu as usé tes forces à trier le vrai du faux, à te donner des fondations, à essayer de te comprendre. Mais quand l’urgence fait signe il te faut trancher des amarres même si tout a été détruit de ce que tu avais édifié. La vie parfois nous conduit à renier ce qui en elle est besoin de perfection.  

Tu pensais qu’elle était où tu n’étais pas. Un jour tu as franchi la frontière, tu as marché jusqu’a te perdre. Mais jamais la voie est droite. Ce vers quoi on marche se situe au delà de ce qui fut atteint. Lorsque tu as cédé à l‘appel du large tu t’es  risquée plus loin jusqu’a perdre ton chemin. 

Mais ton pays intérieur te  rappelle ce dont tu t’es amputée. As-tu voulu pirater ce que personne ne pouvait vous donner ? T’es-tu trop vite convaincue d’avoir touché au port ? Il te reste à vivre les richesses amassées dans tes cales. Le temps te portera. Tes mots n’étoufferont plus sur la terre des matins de mémoire. 

Ta faim dévore la fin. Sous l’agonie de ce qui délabre : la remontée de ta foi en toi ? tu sais maintenant ce qui endeuille l’innocence. Tu n’appartiens pas au camp des menteurs, des coupables qui harcèlent le besoin de nouer fermement ton bâillon en te forçant à t’abstenir d’être qui tu es. Au besoin n’étouffe pas ta plainte. 

Les champs de pierres succèdent encore aux champs de pierres mais sois qui tu deviens, tu peux désormais te rejoindre. Il faut poursuivre encore parfois au fond de la douleur et de la nuit. Tu renoues avec ta terre, tu épouses tes racines.  Reprends l’étroit chemin. 

Le vent qui heurte les pêchers et couche leurs branches dans le ciel s’engouffre en toi.Il chasse tes vieux savoirs, quête ta lumière. Son ordre est encore obscur mais la mutation octroie l’inespéré. Plus vaste l’espace même si la guerre n’a pas pris fin Ayant acquis la force de te laisser vaincre, ta lumière sèche tes plaies, tu soutiens le face à face. 

Tu ne parles que d’une seule voix. En glissant tu t’es élevée. La lueur est encore lumièreLorsqu’elle survit à l’amertume des épreuves dont elle naît.  

ADDENDA 

T’écrire un filet blanc sur la fumée d’une ligne qui se recouvre d’un fil rouge. Un silence dont la goutte ne tombe pas au ciel, ne monte pas sur la terre. Hantée l’errance. Signes enlacés à ta hampe autour de l’attente qui éponge ton ombre. Les mots essayent d’atteindre, d’interrompre, de convertir  ta trace. Je vais par l’espace oscillant de tes œuvres enfermées dans le livre impossible de ton nom pour embarquer. Ni arrivant, ni partant. Dans l’exode collectif du corps. Se dénuder  en suspens aérien. L’incision dans la chair délivre de la brûlure de l’os. Mots  soumis à tes images, aux gestes loin de soi et près du commencement et de la fin. 

TEMPS D’UN CORPS CLOS 

Egal dans le trop. On ne dort plus, on avance. On demeure avec les débris d’une langue devenue sable. Et aussi ce qui reste de corps. Autour devient égal. Du moins on essaye. Pour continuer. S’introduire dans l’hiver. Sans trop geler. On n’oublie pas. On n’écrit pas tout. Ce serait entrer dehors.  Rien n’est lisible, n’est-ce pas ? En rester là. Reprendre sans doute. Mais plus tard.

 

CONFIDENCE DE LA MER, par Jean-Paul Gavard-Perret

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Pour M.N.

Tes images conduisent jusqu'aux limites, jusqu'à ton lieu. Sur les hauts murs tombe le ciel. Il n'y a personne d'autre qu'elles dans l'air muet.

Vivre là, secrètement, respirer entre tes murs, regarder arriver le soir. Comme un anneau ta vie y ajoute un cercle de lumière.

Dans ton atelier nourri par le soleil sur la trame de la chaux réapprendre la lumière afin que dans le silence de la nuit tout puisse se consumer jusque dans le sommeil.

Au matin : deux ou trois nuages et puis l'immensité de l'air tremblant dans la brume. Plus tard ce sera l'attente, la côte, la mer entrevue avant qu'elle ne jaillisse et coule autour de toi.

Que tu en deviennes l'Ile et l'île de l'Il dont les syllabes ne seront que rumeurs parmi les vagues.

 Calice et colombe. L'âme aussi nue que le ventre, le murmure d'aurore. Entendre de nouveau la mer qui t'appelle entre le chœur des cigales.

Pourrons-nous connaître la sérénité dans l'air qui brûle ? Je verrai l'amandier, j'entendrai ta voix. Faisons dans notre connivence à l'offrande de qui nous sommes contre le poids des jours.

Le soleil comme une pluie touche tes mains en bas lorsque tu sors de l'eau. Lumière charnelle, épaule du désir.

Revenir à la région de l'origine, à la matière immortelle et maternelle dût-il ne demeurer de nous que la pierre qui dira notre commune mémoire.

 

Tes divinations : traces, trajets, foulées. L'intervalle tenu en respect, l'écart des fissures. La mer gris ardoise moutonne au large, plus azurée vers la plage où Artaud fuit un chien danois sous les yeux d'une jeune anglaise qui tient un poisson dans ses mains blanches. Dessus le vol d'un oiseau de Brancusi aussi élégant qu'abstrait. Morsure de l'invisible. Etre emporté par ta destination, ton premier âge où chaque mot portait déjà sa propre traduction du corps en images. Remonter la pente, retrouver la danse.

Elégie de la solitude

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d’où venait ce navire

 

dans la lumière du matin

 

trésor en mer du parfum

 

d’autrefois

 

 

 

  

sans aucun doute

il était une fois que du bonheur

dans l’archipel farouche de mon voyage 

 

d’où venait ce navire

sur les eaux sereines de la mer

sans s’arrêter

sans attiser 

 

 

 

 

ailleurs commence

 

autour de cette solitude

 

 

tendre comme l'oubli

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laissez les voyelles nous envahir
comme une ville étrange
où habitent seulement les ombres

peut-on aller plus loin
jusqu’à l’ivresse

toutes les choses se tournent sur elles-mêmes

le rêve ne pourra jamais quitter ce monde
notre dernier voyage au septième ciel Azraël

laissez l’oubli nous envahir
tendre comme la mort

des ombres déchirent des ombres II

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il y a des silences en silence

dans toutes les sens oubliés

en contresens

au bord du printemps tatoué

depuis longtemps

 

il y a encore

des rues dans les ruelles

sans échafaudage

mes pensées

dans une tasse de thé

illusoire

 

des ombres déchirent des ombres

derrière ton visage

clair-obscur monochrome

vernissage de l’amour

sans espoir

 

des ombres déchirent des ombres

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peut-être avons-nous échangé
quelques regards et c’est tout

mes rues inoubliables
se détachent incessamment

feuilles d’érable
laissent l'équinoxe d'automne en deuil
des ombres déchirent des ombres
tout près
dans l’église de l’âme

les cygnes d’or adviennent
dans la plupart des mots en novembre
de plus en plus nombreux
sereinement

il y a des silences en silence
tout s’enfuit en pleurant de rage
bien loin d’ici.


La blanche porte

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 Le rêve, gravure, détail

© Marina Nicolaev

 



le champ de désirs
commence immédiatement
derrière cette porte si blanche
et transparente des mots

regarde encore
mon âme de verre sous le déluge
ce mauvais temps de cygnes noirs après le cyclone
devant les ports fanés
entre les eaux de l’oubli

c’est une peinture étrange en deuil
attendant les traces d’une seule tendresse
signe pétrifié pour toujours dans ma peau
cri blanc
inconnu
ta solitude



le 8 sept. 2007

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